Cuisine et frontière linguistique

Je cite Jean Cuny, page 67 :

TRADITIONS RÉGIONALES DE GASTRONOMIE EN LORRAINE DITE DE «LANGUE ALLEMANDE»

En Lorraine ou du moins dans cette partie dont le évènements de 1870 firent la Lorraine allemande, il convient de distinguer deux cuisines bien différentes :

– Celle propre aux habitants de la langue allemande, ni typiquement française, ni allemande ;  elle est caractérisée par des sauces liées à la farine, des rôtis à l’étouffée (surtout aucune viande saignante), pas d’ail ni d’échalotes grises mais beaucoup d’oignons, pas de grillades et très peu de rôtis au four ; en dominante des potées (Ein topf). Le soir, un repas traditionnel froid, pain, saucisse ou pommes de terre rôties avec du lait frais froid.

– Celle de la Lorraine de langue française, bien délimitée par la Nied et qui comporte  : rôtis et grillades, tourtes, quiches, sauces au naturel, ail, échalote grise, thym, marjolaine, sarriette.

L’évacuation en Charente, Vienne et en d’autres régions de France, lors du dernier conflit mondial a largement influencé la cuisine de la Lorraine dite de langue allemande.

Beaucoup apprécient à présent le poisson et les crustacés, connaissent depuis lors les aubergines, artichauts, le céleri en branches, les rillettes, les pâtés de viande, les marinades et rôtis flambés au cognac, les grillades. Les fromages ont gagné une place journalière sur la table où jadis ils ne figuraient que comme repas du soir et uniquement ceux du pays tout au plus le münster et gruyère toujours très cher.

Notes

– La frontière linguistique  ne date pas de la guerre de 1870, mais de bien avant, de l’époque romaine.

– Depuis les années 1980, il faut remplacer l’expression «langue allemande» par «platt».